• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

L’environnement maternel odorant modifie la sensibilité olfactive, l’organisation des circuits olfactifs et les comportements associés chez la descendance

Mis à jour le 22/05/2019
Publié le 22/05/2019
Mots-clés : 3PERF-2 - PHASE

L’olfaction joue un rôle déterminant sur les préférences alimentaires

L’olfaction joue un rôle déterminant sur les préférences alimentaires. Le principe repose sur un processus de reconnaissance entre un odorant d’une part et un récepteur olfactif au niveau de la muqueuse olfactive d’autre part. Le traitement de cette information est réalisé ensuite par des glomérules spécifiques au niveau du bulbe olfactif. Nous avons caractérisé chez la souris l’effet d’une exposition avant la naissance à une substance odorante incorporée dans l'alimentation maternelle par des approches moléculaires, comportementales et par imagerie. Le développement neuroanatomique des circuits olfactifs d’un récepteur exprimé dès le stade fœtal a été modifié chez les souriceaux suite à cette exposition et la sensibilité olfactive pour la même substance odorante a été diminuée chez ces animaux après la naissance. Il en a résulté une modification des préférences alimentaires. Ces résultats démontrent que l'exposition des souriceaux à des odorants, avant la naissance, via leur mère, modifie le développement morpho-fonctionnel des circuits olfactifs des souriceaux et module leurs préférences olfactives et par voie de conséquence, leurs préférences alimentaires.

  • Contexte et enjeux

Le système olfactif des Mammifères est fonctionnel avant la naissance et sensible à l’environnement maternel qu’il soit alimentaire ou non, via des échanges fœto-placentaires liés à une perméabilité hématogène et amniotique unique, puis via le lait. En particulier, différents odorants passent ces barrières et on connaît mal leur influence sur la structuration du système olfactif et les conséquences de cette exposition sur les comportements de la descendance. Comprendre comment l’organisme maternel programme la construction du phénotype sur une fonction sensorielle vitale pour l’animal pourrait permettre de prédire les phénotypes selon le contexte maternel. Cela permettrait aussi d’utiliser les odeurs apprises in utero comme levier positif pour améliorer les performances et le bien-être des individus après leur naissance, en particulier dans des phases critiques de transitions alimentaires ou de stress par exemple. Ceci constituerait un outil innovant et durable pour mieux maîtriser l’acceptabilité alimentaire dans les pratiques d’élevage du futur, et pour moduler l'appétence pour certains aliments de l’animal jeune et dans sa période de production.
Nous avons bénéficié d'un crédit incitatif Pépinière PHASE sur la période 2013-2016 pour tester la faisabilité d'une odorisation périnatale via l'alimentation maternelle.

  • Résultats

Nous avons mis en place un modèle d’odorisation périnatale avec un odorant unique chez la souris et montré son passage dans le liquide amniotique et le lait des mères. L’étude par électro-olfactogramme des animaux nés de mères odorisées indique une diminution de la sensibilité périphérique à cet odorant et de l'expression de certains gènes de la transduction olfactive dans la muqueuse olfactive de manière âge-dépendant. Par imagerie confocale, nous montrons que l'exposition odorante augmente significativement le nombre de glomérules dans le bulbe olfactif, mais pas leur surface totale. Ces variations sont associées à une modification des comportements olfactifs vis-à vis de l’odorant à faible concentration ou de croquettes odorisées selon l'âge. L'odorisation périnatale, bien qu'affectant la sensibilité à l'odorant, s’accompagne d’une préférence olfactive pour l’odorant à faible concentration et diminue la néophobie vis-à-vis des croquettes odorisées par rapport aux animaux non odorisés, ce qui suggère la mise en œuvre de processus d’adaptation des réseaux neuronaux au traitement de l’information olfactive.

  • Perspectives

L’environnement maternel odorant modifie le développement des réseaux de reconnaissance olfactive, mais les effets sur les choix et préférences de consommation alimentaire ne sont pas encore bien évalués chez la souris. Une transposition à une espèce d’intérêt agronomique est en cours d’évaluation pour utiliser l’odorisation maternelle comme mémoire sensorielle facilitant la mise à l’allaitement artificiel chez l’agneau, et pourrait être envisagé sur d’autres espèces comme aide aux transitions alimentaires au sevrage par exemple. Il serait également important d’étudier les mécanismes de plasticité sous-jacents, de mesurer les conséquences d’enrichissements positifs sur la stabilisation ou l’amplification de ces effets et de caractériser les processus épigénétiques mis en jeu à long terme dans le cerveau pour mémoriser l’environnement précoce en lien avec l’olfaction.

  • Valorisation

Dewaele A., Persuy M.A., Badonnel K., Meunier N., Durieux D., Castille J., Passet B., Favreau-Peigné A. and Baly C. Chronic perinatal odour exposure with heptaldehyde affects odour sensitivity and olfactory system homeostasis in preweaning mice. Brain Res. 2018 Jul 16;347:414-424. doi: 10.1016/j.bbr.2018.02.026.

  • Références bibliographiques

Dewaele A. Effet d’une exposition odorante pré et post-natale sur le développement des préférences médiées par l’olfaction chez la souris – Mécanismes de neuromodulation. Thèse ED 581 ABIES Spécialité "Sciences animales", Université Paris-Saclay, 2017.

  • Contact

Christine Baly, Unité NBO (NeuroBiologie de l’Olfaction), Département PHASE, Centre Jouy en Josas