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Projet ANR ALID Sustain'Apple

Publié le 12/02/2019
Mots-clés : SAE2 - GLOBAL-3 - FOOD-3

maintenir et renforcer la durabilité de la pomme

 
La pomme est en France, le premier fruit consommé et exporté. La filière est sous haute surveillance d'un point de vue sanitaire et phytosanitaire du fait d'une réglementation nationale et européenne, de normes privées de résidus, de barrières phytosanitaires de certains pays émergents et de perceptions parfois critiques des consommateurs.
Le projet visait à éclairer les solutions organisationnelles et institutionnelles pour maintenir et renforcer la durabilité de la pomme (qualité sanitaire du fruit, compétitivité des firmes, bilan environnemental). Les recherches ont été faites à différents niveaux de la filière (bassin de production, distribution marché national, consommateur, commerce international, sphère publique de la négociation des protocoles phytosanitaires). Ont été également pris en compte les circuits courts et les concurrents de la France à l'exportation (Italie et Chili).

  • Contexte et enjeux

Le projet Sustain’Apple, a réuni depuis 2014, une vingtaine de chercheurs, les principales organisations de R&D (INRA, CIRAD, CTIFL, IRSTEA) ainsi que les professionnels de la filière (ANPP, ANEEFEL, INTERFEL…) pour étudier la gestion des risques sanitaires et phytosanitaires dans la filière pomme sur le marché domestique et international.
Grâce à ce consortium multi-acteurs et pluridisciplinaire nous avons pu étudier différents aspects de la filière de production de pommes : les modalités de la gestion du risque sanitaire et phytosanitaire, les facteurs qui l'influencent et les conséquences en termes de durabilité que ce soit sur le plan économique (compétitivité des entreprises, modification des flux commerciaux au niveau macro-économique), sur le plan social (perceptions des consommateurs) ou sur le plan environnemental (analyse de cycle de vie).
Premier fruit produit et consommé en France mais également premier fruit exporté, vers un grand nombre de destinations à travers le monde, la pomme française doit aujourd'hui relever de nombreux défis sur le plan biosécuritaire et respecter les nombreuses et diverses contraintes sanitaires et phytosanitaires imposées par les clients.

Le projet Sustain’Apple, financé par l’Agence Nationale de la Recherche, est original par son contenu (dimension organisationnelle et institutionnelle de la gestion sanitaire et phytosanitaire), par l'étendue géographique (prise en compte au-delà du marché national, de quelques grands pays exportateurs de pommes: Chine, Italie, Chili…) et par la diversité des participants (équipes de recherche multidisciplinaires, principaux instituts techniques développement et ensemble des branches professionnelles). Il permet de dégager les forces et faiblesses de la filière et de faire émerger pour le marché national mais aussi international, des solutions organisationnelles et institutionnelles pour un développement durable de la filière Pomme. Il procède notamment par comparaison entre les différents circuits de distribution sur le marché domestique ou entre quelques grands pays exportateurs sur le marché international.

  • Résultats

Des nombreux résultats du projet Sustain'Apple, émergent trois conclusions principales assorties de recommandations. Pour que la gestion des aspects SPS (Sanitaires et Phytosanitaires) dans la filière pomme soit durable, il faut tout d'abord être à l'écoute des attentes des consommateurs et des citoyens. La qualité sanitaire des pommes demeure une préoccupation importante du consommateur, principalement à l'égard des résidus de pesticides pouvant se trouver sur le produit. Cette préoccupation se manifeste différemment selon les consommateurs, comme le souligne l'enquête consommateur menée sur le territoire français (1500 répondants). Elle donne lieu à une diversité de stratégies de communication et de contrôle de la part des distributeurs qui oscillent, en ce qui concerne la France, entre une gestion en partenariat avec les fournisseurs, une gestion anticipant les exigences sanitaires à venir et une gestion principalement de type marketing. Les attentes en matière d'impact sur l'environnement sont quant à elles en forte progression et nous ont conduit à comparer différents scénarios de distribution (des pommes en provenance de l'hémisphère sud jusqu'aux pommes distribuées en circuit court) au regard des différents types de pollutions (et pas seulement l'émission de CO2) émises du verger jusqu'à la distribution finale.

Pour que la gestion soit durable, il faut ensuite que l'on ait une coordination étroite entre les différents opérateurs de la filière, entre les producteurs et les metteurs en marché, entre ces derniers et les importateurs et jusqu'au distributeur. Cette coordination doit être d'autant plus étroite que l'on a pour objectif des destinations exigeantes en matière sanitaire et phytosanitaire. Pour les entreprises françaises, les clients les plus exigeants étaient jusqu'au début des années 2010, les distributeurs français ou européens imposant des cahiers des charges contraignants notamment en termes de résidus de pesticides avec des seuils de LMR souvent plus sévères que ceux de la réglementation. Depuis quelques années, la France cherche à diversifier ses exportations en se tournant notamment vers des destinations lointaines à contraintes phytosanitaires (Asie, Amériques). Ces nouvelles contraintes s'ajoutent aux précédentes, le plus souvent dans un programme phytosanitaire unique imposé par l'exportateur à ses fournisseurs. Elles sont parfois incompatibles avec les contraintes sanitaires, obligeant les fournisseurs à choisir en cours de culture ou à la récolte entre l'une ou l'autre de ces destinations.

Pour que la gestion soit durable, il faut enfin que les entreprises et les filières s'impliquent plus fortement dans les Institutions pour l'élaboration des normes de type SPS. Les normes de type sanitaire (Limites Maximales de Résidus notamment) ayant déjà fait l'objet d'une harmonisation entre les différents pays européens, le travail institutionnel est aujourd'hui à faire pour les normes de type phytosanitaire (celles qui permettent au pays importateur d'éviter d'introduire par le commerce des Organismes Nuisibles n'existant pas ou fortement combattus sur son territoire). Le cadre institutionnel international est celui de la Convention Internationale pour la Protection des Plantes qui réunit aujourd'hui 184 pays. Les normes qui en résultent (NIMP ou Normes Internationales de Mesures Phytosanitaires) permettent d'encadrer les mesures imposées unilatéralement ou négociées bilatéralement (protocoles) par les pays importateurs. Elles restent toutefois nettement insuffisantes (domaines non couverts, manque de précision et surtout absence de force de police pour les faire appliquer) pour régler seules les problèmes phytosanitaires dans le commerce international. Le traitement au froid pour la mouche méditerranéenne qui doit respecter de facto la norme de l'USDA malgré les tentatives de la France pour faire adopter une norme différente et moins coûteuse illustre bien la difficulté à introduire une nouvelle norme dans l'arène de la CIPV. C'est pour cette raison que les pays exportateurs continuent à avoir un gros travail de préparation et de négociation bilatérale pour ouvrir davantage les marchés à contraintes phytosanitaires. L'exemple du Chili qui a acquis dans ce domaine une solide expérience au contact des Etats Unis et ce depuis une cinquantaine d'années est riche d'enseignements pour des pays comme la France ou l'Italie dont les parts de marché sur ces destinations lointaines sont encore émergentes. Il montre notamment l'importance d'une étroite coopération entre les organisations professionnelles (ANPP, INTERFEL) et les autorités publiques (DGAL, FAM).

  • Perspectives

Un séminaire qui sera organisé par le GIS fruits sur la base des enseignements acquis par le projet, pour envisager de nouveaux projets de recherche avec les participants volontaires et ouvert sur la communauté du GIS fruits (recherche-développement, profession, enseignement).

  • Valorisation 

Brochure, ppt et vidéos du séminaire, articles scientifiques et rapports postés sur le site du GIS fruits

  • Références bibliographiques

Pour en savoir plus  :http://www.sae2.inra.fr/Toutes-les-actualites/Projet-Sustain-Apple

Publications mentionnées dans la brochure 

  • Contact

Jean-Marie Codron (jean-marie.codron@supagro.inra.fr), UMR 1110 MOISA, Centre INRA de Recherche : Occitanie Montpellier, Département SAE2