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Observance des pratiques de biosécurité en filière palmipède gras

Publié le 12/06/2019
Mots-clés : SA - 3PERF-2 - OPENINRA-2

Une évolution positive des pratiques

Les mesures de biosécurité ont fait l’objet d’une attention particulière dans les filières avicoles suite aux deux émergences récentes d’influenza aviaire hautement pathogène. Des travaux d’épidémiologie sont conduits afin d’analyser l’observance, c’est-à-dire la mise en application des recommandations, des pratiques de biosécurité en filière palmipèdes gras entre 2016 et 2018. L’analyse a permis d’identifier trois profils d’éleveurs sur la base de leurs pratiques de biosécurité, pour lesquels les failles identifiées répondent à des types de structures d’exploitation et contraintes différentes (circuit long vs circuit cour, spécialisation ou non dans la phase de gavage, …). Les résultats suggèrent également une évolution positive des pratiques de biosécurité en élevage de palmipèdes entre 2015 et 2018. Enfin, les travaux montrent que l’adoption des mesures de biosécurité est influencée notamment par les croyances et les attitudes face à la biosécurité, la perception du risque et certains traits de la personnalité de l’éleveur.

Illustration enquête d'observance des pratiques de biosécurité en filière palmipède gras. © Inra, Mattias Delpont, Chaire biosécurité aviaire,
Illustration enquête d'observance des pratiques de biosécurité en filière palmipède gras © Inra, Mattias Delpont, Chaire biosécurité aviaire,

  • Contexte et enjeux

La France a été confrontée à une épizootie sans précédent au cours de l’hiver 2016-2017, due à un virus influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) H5N8, introduit en Europe par des oiseaux sauvages migrateurs. Au total, 484 foyers d’IAHP H5N8 ont été détectés en élevage, 52 cas dans l’avifaune libre et trois dans l’avifaune captive. Les foyers ont principalement concernés des élevages de palmipèdes (80 % des 484 foyers). Plusieurs facteurs expliquent le rôle particulier que joue la filière palmipèdes à foie-gras dans l’épidémiologie des virus de l’influenza aviaire : (i) la réceptivité particulière du canard vis-à-vis de ces virus; (ii) le risque accru d’introduction du virus via la faune sauvage, en raison de l’accès à des parcours extérieurs ; (iii) les flux importants d’animaux entre élevages, augmentant le risque de diffusion dans la filière.  Les épidémies d’influenza aviaire hautement pathogène rencontrées dans les filières avicoles entre 2015 et 2017 ont mis en évidence le besoin d’améliorer les pratiques de biosécurité en élevage. La biosécurité est définie comme l’ensemble des mesures nécessaires pour protéger les élevages des menaces sanitaires, visant à prévenir l’entrée et la sortie des agents pathogènes des exploitations et leur circulation au sein des exploitations. Pour être efficaces, ces mesures doivent toutefois être appliquées de manière constante et uniforme. Néanmoins, plusieurs études conduites en santé animale et en santé publique humaine soulignent les difficultés liées au manque d’observance, c’est-à-dire au décalage existant entre les recommandations et les pratiques observées. Dans ce contexte, les études conduites en France visent à évaluer le niveau d’observance dans les élevages de palmipèdes et analyser l’effet de différents facteurs (notamment ceux liés à l’environnement de l’éleveur, à sa connaissance et sa compréhension de ces mesures, ainsi que certains aspects de sa personnalité) sur la mise en œuvre des pratiques de biosécurité.

  • Résultats

Une première étude a permis d’établir un état des lieux initial des pratiques, antérieur au premier épisode d’influenza hautement pathogène de 2015-1. Cette étude, fondée sur des données collectées auprès de 46 élevages, a mis en évidence trois profils d’éleveurs sur la base de leurs pratiques de biosécurité. Différentes failles de biosécurité ont été identifiées dans chacun des groupes (éleveurs-gaveurs et éleveurs de canards prêts-à-gaver, éleveurs-gaveurs pratiquant la vente directe à la ferme, éleveurs spécialisés dans la phase de gavage), répondant à des types de structures et contraintes différentes. Dans une deuxième phase, 127 élevages de canards prêt-à-gaver du Sud-Ouest de la France ont été enquêtés au cours du printemps 2018. Bien que l’échantillon étudié soit différent de celui considéré dans la première étude, les résultats préliminaires suggèrent une évolution tout à fait positive des pratiques de biosécurité en élevage de palmipèdes. L’analyse identifie à nouveau trois profils d’éleveurs présentant des niveaux d’observance variés. Outre les données relatives à la biosécurité, des informations sur les connaissances et attitudes vis-à-vis de la biosécurité et de l’influenza ont été collectées. Un questionnaire visant à identifier les principaux traits de personnalité des éleveurs a également été utilisé. L’analyse suggère l’existence d’une association entre le niveau d’observance en élevage et certaines attitudes et traits de personnalité. Les élevages présentant les plus grandes failles en matière d’observance sont ainsi ceux pour lesquels le gain de temps associé à la biosécurité est perçu par les éleveurs comme le plus faible. Les éleveurs présentant le meilleur profil d’observance sont aussi ceux présentant le plus fort score pour le trait de personnalité « tranquillité d’esprit ».

  • Perspectives

Les travaux entrepris sur l’étude de l’observance des pratiques de biosécurité seront poursuivis avec un suivi longitudinal de la cohorte d’éleveurs décrite précédemment. En effet, plusieurs études soulignent le défi que constitue le maintien de l’observance au cours du temps. Par ailleurs, les résultats des études conduites jusqu’ici seront utilisés afin de construire une intervention ciblée, visant à améliorer efficacement et durablement l’observance de la biosécurité en élevage. Une étude d’épidémiologie interventionnelle sera conduite afin d’évaluer les effets d’un tel dispositif.

  • Références bibliographiques

- Delpont M., Blondel V., Robertet L., Duret H., Guerin JL, Vaillancourt JP, Paul M.C. (2018) Biosecurity practices on foie gras duck farms, Southwest France. Preventive Veterinary Medicine, 158: 78-88. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S016758771730867X?via%3Dihub
- Delpont M., Racicot M., Durivage A., Fornili L., Guerin JL, Vaillancourt JP, Paul M.C. The effect of knowledge, attitudes and personality traits on biosecurity compliance in French duck farms following a HPAI crisis. 15th International Symposium of Veterinary Epidemiology and Economics (ISVEE 15), Chiang-Mai (Thailand), 12-16 November 2018.
- Delpont M., Blondel V., Robertet L., Duret H., Guerin JL, Vaillancourt JP, Paul M.C. Biosecurity practices in foie-gras duck farms, South West of France. XXth World Veterinary Poultry Association Congress, Edimburgh , 4-8 September 2017.

  • Contact

Mathilde C. Paul (m.paul@envt.fr), UMR ENVT INRA 1225 IHAP, Département SA, Centre Occitanie-Toulouse